vendredi 17 mai , on prend la météo, bien entendu pas fameuse, et on
envisage Boulogne. Mais le vent en décide autrement, il monte et vient
debout. Vous connaissez la définition du cap? c'est à la fois l'endroit
où l'on veut aller, et d'où vient le vent.
On se détourne (encore, direz-vous) vers la GB . Brighton , où nous
avons notre bon ami Loic, serait trop bas par rapport à notre cap. Nous
choisissons donc
Eastbourne. Valérie affute son anglais, et attaque le
port au téléphone. Je suis admiratif.
Et nous arrivons à l'écluse à 22 heures 40, bien accueillis dans le
lock (écluse) .Curieusement le ponton à l'intérieur est à 1 m de haut,
ce qui rend très facile l'amarrage. Et on pénètre dans la Marina, de
grand luxe! Elle fait partie du groupe Premier, qui en comporte 6.
Douches exceptionnelles, organisation de classe, mais le prix est en
rapport. Le chat est bien sùr attaché avec un harnais et une longe. Il
est indiqué dans l'écluse d'arrèter moteur et radar et de ne pas
débarquer d'animal.Visite dans un super-marché ouvert 24/24, mais tout
est ... anglais.
Nous recevons la visite de
Loic qui est en plein dans son carénage à
Brighton. Il est venu en bus, et aura quelques difficultés pour rentrer
chez lui (a 1 heure du matin...)Merci à toi de ta visite!
On fait un pleind de gasoil à beaucoup moins cher qu'en France (1.16
livre). Puis on repart vers le Nord-Est. Le choix tombe sur
Folkestone.
Saynette en anglais au téléphone entre la skippette et un représentant
du port qui ne comprend pas qu'on puisse entrer un aussi gros bateau
(!!) dans un port qui assèche, et qui nous demande de prévenir les
CoastGards!
Nous passons le cap de Dungeness, qui fait la séparation des eaux de Manche et de Mer du Nord.
On passe aussi devant Camber Sands, qui nous avait accueillis quand
les chirurgiens avaient déserté la France il y a quelques années en
lutte contre des mesures gouvernementales iniques.
Et nous entrons quand mème dans un port digne de WaterWorld: tout est
cassé, abandonné, quais vides , rares pècheurs, le port a été
désaffecté par le Tunnel sous la Manche et la prévalence de Douvres pour
les ferries. Nous nous concertons sur le lieu de mouillage "à côté du
Lifeboat" que nous ne trouvons pas , et pendant ce temps le drame se
noue autour de l'hélice: un bout' flottant de 18 mm de diamètre
recouvert d'algues. Le moteur cale.On mouille et on réfléchit.
Caliméro, vous dis-je .
Dans mon malheur je me dis que j'ai choisi un port d'échouage, et
qu'on va attendre la basse-mer. Mais je ne savais pas que les sables
étaient mouvants. Pour la première fois in the world je vais devoir
faire de la spéléo, en combinaison de plongée.
on remarque la traversière, et les safrans enfoncés du 1/3...
on y est presque, mais le bateau descend...
le bateau au sec est bien enfoncé dans le sable, qui atteint l'arbre
d'hélice. 6 tours de cette aussière sont coincés. Je creuse le plus vite
possible, je défais les tours, et le sable comble le trou au fur et à
mesure.Et le bateau descend lentement pour m'écraser... Le plus vite possible, on déplace le mouillage pour mettre tout
du mème côté.L'Hélice Maxprop n'a rien eu, mais bien sùr le coupe-orin
était dépassé. On réussit, le temps de remonter chercher le mouillage
arrière du bateau et on sent que celui-ci descend d'un cran! En fait il
était dans le sens de la pente, et les deux safrans se sont enfoncés
dans le sable mouvant.On ne s'ennuie pas ici!Vérification du
presse-étoupe, de l'inverseur, de l'arbre d'hélice.
Le lendemain nous allons au quai payer la nuit (!) et sommes bien
reçus par le Harbourmaster qui nous montre le Lifeboat: un vieux petit
canot qui avait été rouge il y a longtemps, alors qu'on attendait un
gros canot tous temps de la
RNLI *. Malgré notre épellation du nom du
bateau en code international, le harbourmaster écrira "
Sea Bell"... Why?
Puis nous partons, sous fog patches (brouillard) et drizzles
(crachins) qui se transforment en showers (devinez). Nous traversons la
Manche à l'endroit le plus étroit, avec les rails descendant, montant,
et en travers (les ferries qui passent de Douvres à Calais).Vive l'AIS**
mais cela ressemble à un jeu électronique dont nous sommes les
victimes: nous allons à 6 noeuds et eux à plus de 16...et ils ne
s'arrètent pas.
chaque petit triangle est un bateau. Le nôtre est le noir à gauche de l'écran.
On voit les deux "rails" descendant et montant.
On arrive entiers à
Dunkerque, ville triste aussi , abandonnée par
les chantiers navals mais pas par les industries . Mais l'accueil est
sympa, mème après les heures de bureau.Il réchauffe le coeur sous la
pluie et le ciel bas.
Le lendemain, ...........il pleut. Avant de se suicider on signe la
feuille d'impôts. Repos, et hypothèses pour la suite. Le genou de
Valérie devient de plus en plus pénible, et mes deux épaules sont
coincées. Pour faire bonne mesure mes radiodermites des pouces
m'empèchent de bricoler. Mais pour le suicide ce sera plus tard. On
repart pour de nouvelles aventures.
*Royal National Lifeboat Institution, homologue anglais de la SNSM mais en bien plus riche.
**Automatic Identification System, qui indique sur notre écran les
caractéristiques du navire qui va nous rentrer dedans, et mème le temps
avant la collision.